De la ville libre royale à la ville industrielle (1681-1871)

De la ville libre royale à la ville industrielle (1681-1871)

De la ville libre royale à la ville industrielle (1681-1871)
L'édification des hôtels particuliers sur l'ancienne enceinte romaine préfigure le déplacement du centre du pouvoir de la place Gutenberg à la place Broglie, effectif après la Révolution.

L'importance stratégique de Strasbourg par rapport au Rhin n'échappe pas à Louis XIV qui rattache la Ville au Royaume de France après sa capitulation le 30 septembre 1681. Strasbourg devient une place-forte à la frontière du royaume ainsi qu'une grande ville de garnison.

Sa position stratégique la fait muer vers une place forte

Vauban intervient à Strasbourg dès octobre 1681. Il intègre le plus possible les ouvrages stratégiques existants et ajoute des ouvrages avancés et surtout la Citadelle, en tant que place forte autonome reliée à la cité, induisant la disparition de l'enceinte-est de la Krutenau. Les Ponts couverts étant le point faible de Strasbourg, le pont-écluse ou "barrage Vauban" est édifié. Pour que la forteresse soit opérationnelle, une garnison de cinq à six milles hommes est nécessaire, demandant la construction de casernesen bordure de l'enceinte sur les terrains les moins urbanisés de la ville ou d'usage militaire (l'Esplanade ou la Citadelle elle-même). D'autres emprises militaires marquent le territoire comme l'hôpital militaire construit en 1695, l'hôtel du Gouverneur dans la rue de la Nuée Bleue et l'Arsenal municipal agrandi, incluant la fonderie royale de canons en 1703 au niveau de la place du Marché-aux-Chevaux (place Broglie).

Les effets de la noblesse et de la bourgeoisie

Le XVIIIe siècle est propice à l'organisation d'une petite vie de Cour de la noblesse et de la bourgeoisie, dont la ville porte aujourd'hui encore la marque sensible. C'est ainsi que la construction du Palais Rohan, entre 1732 et 1742, pour les évêques du même nom, marque l'arrivée du goût français à Strasbourg. Les hôtels particuliers sont édifiés par la suite dans la rue Brûlée et la rue de la Nuée Bleue.

Pour des raisons financières, le Magistrat n'engage que des aménagements urbains limités où s'implantent des édifices privés. Les jardins de l'Hôtel de la Prévôté du Grand Chapitre sont transformés en place du Marché-Neuf en 1738. La place Saint-Pierre-le-Jeune prend forme lorsque la Ville supprime le mur de l'ancien cimetière. La Ville libère la cour Brûlée en 1769 pour y aménager la place du Marché-Gayot. La place du Château prend progressivement ses limites avec le Palais Rohan en 1732-1742 et le Collège des Jésuites en 1757-1759.

Une des améliorations du XVIIIe siècle, en terme d'usage public, est l'aménagement de promenades, souvent plantées de tilleuls, intra-muros comme hors les murs. Dans la ville intérieure, il s'agit de la place du Marché-aux-Chevaux en 1740 et du Jardin botanique, initié en 1619 sur le couvent Saint-Nicolas-aux-Ondes ; il sera agrandi à trois reprises en 1736, 1769 et 1783. À l'extérieur des fortifications, la promenade Lenôtre (l'actuel parc de l'Orangerie) est aménagée en 1692, le Champ de tir des Arquebusiers est planté en 1764 et prend le nom de Contades.

Résoudre les problèmes de circulation et de salubrité

Pour résoudre les problèmes de circulation et de salubrité de la ville, le Magistrat demande au Roi d'envoyer un architecte. Versailles nomme Jacques-François Blondel. Son plan est approuvé le 2 octobre 1768.L'objet principal du projet est de faciliter les déplacements par de nouveaux axes de circulation dont celui reliant la Porte de Saverne, en venant de Paris, à la Porte des Bouchers menant à Kehl à l'est, à Lyon et à Bâle au sud. Il tentera de rendre également la cité plus fonctionnelle en rectifiant et en alignant un grand nombre de rues et de places. Certains édifices furent démolis (le Palais de la Monnaie en 1738, la Pfalz en 1782 et la Chancellerie en 1800) sans que des reconstructions soient planifiées, faute de budget. Le projet d'une place d'Armes (place Kléber) sur l'emplacement du couvent des Franciscains, démoli un siècle auparavant, ne sera pas mis en œuvre et le seul bâtiment que Jacques-François Blondel réalisa sera l'Aubette, achevée en 1778. Il abrita initialement les bureaux de l'État major et le corps de garde du Roi.

Les effets de la Révolution

La Révolution a laissé la ville en mauvais état : la plupart des palais ont été abandonnés, les édifices religieux sont abîmés, les espaces publics dégradés… Comme partout en France, la nationalisation des biens du clergé et le départ des nobles permet aux nouvelles institutions de s'établir dans les locaux laissés vides. Le Neubau, c'est-à-dire l'hôtel de ville, ne pouvant plus être occupé en l'état après le pillage et le saccage de 1789, la Ville s'installe provisoirement dans le Château Rohan. En 1806, ce dernier devient la résidence impériale et la Ville déménage dans un des hôtels particuliers situés entre la rue Brûlée et la place Broglie, qui sont occupés par les nouvelles instances de pouvoir (hôtels de Hesse-Darmstadt par la Ville, de Klinglin par les autorités départementales, des Deux-Ponts par le Gouverneur militaire). Le Tribunal utilise l'ancienne résidence du gouverneur, rue de la Nuée Bleue. Ainsi, le centre du pouvoir glisse de la place Gutenberg au secteur de la rue Brûlée et de la place Broglie et, dans une moindre mesure, de la rue de la Nuée Bleue.

plan ville citadelle

Plan de la Ville et Citadelle de Strasbourg avec leurs environs, vers 1800

De 1800 à 1830, l'architecte municipal Valentin Boudhors transforme la promenade Lenôtre (l'Orangerie) en ajoutant le pavillon Joséphine en 1804. Son successeur, Jean Villot, réalise le nouveau théâtre en 1824, la Halle aux Blés en 1826 (démolie à la fin du XIXe siècle) et l'Institut de Pharmacologie en 1831. Deux places majeures de la ville trouvent leur forme définitive. La construction du théâtre municipal et le comblement du Fossé des Tanneurs permettent de compléter la place Broglie. Sur la place du Château sera implantée l'École militaire de santé en 1864.

La modernisation d'une ville devenue incontournable

Ce n'est qu'à partir de 1830, profitant du renforcement de son rôle de carrefour, que la Ville va entreprendre sa première modernisation. Cette dernière est notamment engagée avec l'installation de l'éclairage au gaz dans une douzaine de rues. Les problèmes de salubrité diminuent avec les premiers travaux d'assainissement dont le comblement du fossé des Tanneurs, de la Grand'Rue à la Préfecture, entre 1836 et 1840, et une première reconstruction des Petites-Boucheries à l'arrière de l'Aubette, en 1838-1840. Le réseau d'assainissement s'étend sur 7,2 km en 1841. Ce n'est qu'en 1863 que le plan de l'architecte de la Ville Jean-Geoffroy Conrath est conçu. Il comprend la pose des égouts mais également le réaménagement de l'espace public avec le pavage de la voirie et la réalisation de trottoirs. Le remplacement du Fossé des Tanneurs par un égout collecteur a été un acte précurseur entre 1836 et 1840.

L'ouverture du canal du Rhône au Rhin, en 1833, est l'occasion de moderniser le port et de créer un nouvel espace économique, au nord de la ville. La démolition de la fausse braie du canal du Faux-Rempart, entre 1831 et 1838, permet la navigation dans un chenal de 30 mètres de large. Les ponts sont rénovés ou reconstruits, des quais-boulevards sont aménagés entre la Petite France et l'église Saint-Étienne. La gare ferroviaire du Marais-Vert, mise en service en 1852, déplace le centre de gravité de l'activité économique au nord du centre ancien.

 
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