null Webmag - Delphine Rideau : de l'audace pour la jeunesse

Publié le 21/10/2021 - Modifié le 21/10/2021

Delphine Rideau : de l'audace pour la jeunesse

Depuis dix ans, la directrice de la Maison des ados s’engage pour offrir aux jeunes des espaces d’écoute, d’accompagnement et de créativité qui favorisent leur épanouissement et leur passage à l’âge adulte.

"Je ne sais pas qui a soumis mon nom…" Delphine Rideau, directrice de la Maison des ados de Strasbourg depuis sa création il y a dix ans, a été promue Chevalière de l’ordre du Mérite à l’occasion de cet anniversaire. "Cette distinction est une reconnaissance du travail accompli par toute l’équipe", estime-t-elle.

Une trentaine de professionnels participent en effet au projet porté par la Maison des ados, installée rue de la Porte de l’hôpital. "Pour la plupart, ils sont détachés par leur structure principale, que ce soit l'hôpital, l’Éducation nationale ou des structures associatives comme Ithaque ou le Club de jeunes l’Étage. Cela nous permet de travailler avec un réseau de partenaires élargi."

Toute cette équipe, constituée en majorité de travailleurs sociaux, de médecins, d’infirmières, de sage-femmes et de psychologues, accueille les jeunes en entretiens individuels et pour des ateliers collectifs. "Les adolescents viennent nous voir pour des questions liées à des conflits, familiaux ou scolaires, à un mal-être, à une conduite à risque, mais aussi à leur vie affective et sexuelle, par exemple, détaille la directrice. Nous ne faisons pas de prise en charge au long cours, mais nous savons à qui nous adresser pour approfondir le suivi si nécessaire." 

Projets audacieux

En directrice dévouée, Delphine Rideau met donc en avant le travail accompli par ses collaborateurs. Reste que, en dix ans dans la structure, elle y a quand même imprimé sa patte. Avec son dynamisme communicatif, elle porte une vision des adolescents qui sait s’éloigner du prisme des problèmes : ceux qu’ils posent, ceux qui les empêchent d’avancer. Avant de prendre la tête de la Maison des ados, Delphine Rideau a eu une carrière d’assistante sociale, menée pour l’essentiel dans une unité de psychiatrie dédiée aux adolescents en crise, à l'hôpital de Rouffach, dans le Haut-Rhin. La jeunesse, elle connaît donc plutôt bien…

La création de la Maison des ados de Strasbourg correspondait à un tournant dans son parcours professionnel, puisqu’elle venait d’obtenir un Certificat d’aptitude aux fonctions de directeur d’établissement social (Cafdes). "La confiance que m’accorde le conseil d’administration, présidé depuis le début par Alexandre Feltz (adjoint à la maire en charge de la santé), me laisse la possibilité d’être créative et de suivre les propositions imaginées par l’équipe, apprécie-t-elle. Nous pouvons engager des projets audacieux, innovants, et qui participent au débat public."

Médiation artistique

Parmi ces initiatives, on peut citer des ateliers collectifs de médiation artistique, animés notamment par des photographes et des plasticiens, ou encore Brik’école, un dispositif ouvert à la rentrée pour les collégiens et lycéens qui souffrent de phobie scolaire. Tout en restant inscrits dans leur établissement, ils passent leur année à Brik’ados, une annexe de la Maison des ados située à la Meinau, où ils participent à des ateliers artistiques et bénéficient d’une prise en charge thérapeutique, en plus de suivre le programme scolaire.

Mais le projet le plus ambitieux reste la création du réseau Virage (Violence des idées, ressources et accompagnement Grand est), dans lequel la Maison des ados joue un rôle de poids. "Notre point de vue, c’est qu’il faut offrir aux jeunes radicalisés un accompagnement qui se démarque d’une condamnation juridique et leur proposer des espaces de réinsertion protégés de la loupe sécuritaire", explique Delphine Rideau.

Créé après les attentats de 2015, ce service s’adresse aux jeunes qui dérivent vers l’expression violente de leur idéologie. "Il est primordial de regarder toutes les mouvances : islamiste, mais aussi néo-nazie, complotiste, même vegan parfois. On s’aperçoit qu’il y a des parallèles entre les parcours de ces jeunes, insiste-telle. Notre travail ne se concentre pas sur l’idéologie en elle-même, mais sur les réactions violentes des jeunes." 

Pour la suite, Delphine Rideau ne manque pas d’idées. Elle souhaite notamment développer l’accompagnement des jeunes par leurs pairs. "Nous travaillons déjà avec des parents qui ont perdu un enfant en Syrie, par exemple, ou avec des ados formés à répondre en notre nom sur les réseaux sociaux", retrace-t-elle. Des campagnes de prévention verront bientôt le jour, créées par des jeunes directement concernés par les problématiques visées. Lisette Gries

Photos Jérôme Dorkel et Abdesslam Mirdass