null Webmag - Jazz au collège

Publié le 29/07/2021 - Modifié le 29/07/2021

Jazz au collège

La classe de 6e "orchestre" du Stockfeld a participé toute l'année au projet Fabrique jazz de la Sacem, avec le quintet Ozma et l'Espace Django.

Les concerts à l'intérieur n'ont pas repris à l'Espace Django, mais ce 8 juin, la salle est occupée par tout un orchestre d'harmonie. En t-shirts noirs siglés "Collège Stockfeld Nhf", sous des spotlights colorés, 23 élèves de 6e enchaînent les morceaux, accompagnés par les professeurs de l'école de musique du centre socioculturel du Neuhof et par les musiciens du quintet Ozma.

Difficile de croire que ces enfants n'avaient jamais touché un instrument avant la rentrée de septembre. Et pourtant... "Ils font partie de la classe orchestre du collège, qui fonctionne en partenariat avec notre structure, explique Laetitia Quieti, la directrice de l'école de musique du CSC. Nous sélectionnons les élèves sur leur motivation, ils ont aussi en commun de n'avoir jamais fait de musique." Toute l'année, les élèves de cette 6e un peu particulière ajoutent deux heures hebdomadaires à leur emploi du temps, pour découvrir et pratiquer leur instrument. Trombones, trompettes, tubas, saxophones, clarinettes, flûtes traversières et percussions sont prêtés par l'école de musique, dont les professeurs assurent aussi l'encadrement de ces deux heures.

Contact maintenu

Cette année, la classe a été choisie pour participer au projet Fabrique jazz de la Sacem. Les "Fabriques à musique" sont des partenariats entre une salle de concert, une classe et un groupe professionnel, rémunéré par la Sacem. "L'Espace Django a complété le budget alloué pour que les musiciens puissent intervenir plusieurs heures supplémentaires", explique Mourad Mabrouki, responsable de l'action culturelle à l'Espace Django. Ce qui a permis aux cinq membres du groupe de jazz Ozma de s'investir pleinement dans ce projet. "Malgré les confinements et les restrictions, nous sommes restés en contact avec les élèves tout au long de l'année, apprécie Stéphane Scharlé, le batteur et compositeur du groupe strasbourgeois. Ils nous ont proposé des morceaux à partir desquels nous avons composé des arrangements, toujours en lien avec eux. Ils ont commencé à travailler avec leurs profs, et en mai, nous avons enfin pu les retrouver au collège et démarrer les répétitions ensemble." 

Le contact entre le quintet jazz, qui fait des tournées mondiales, et les enfants du Neuhof est fluide et décontracté. Spontanés, mais respectueux, les élèves ont fait preuve lors des séances au collège de leur grande motivation à participer à ce projet. Rester concentrés pendant deux heures d'affilée est un défi pour des pré-ados : la 6e "orchestre" l'a relevé presque sans accroc. "Quand on leur met un instrument dans les mains, la magie opère, raconte Laetitia Quieti. Ils s'en sentent responsables." 

Jouer dans un orchestre, et pas uniquement seul chez soi, peut aussi être un moyen de canaliser leur énergie. "Être prêts au bon moment, commencer ensemble, jouer en rythme, finir ensemble : l'exercice n'est pas anodin, poursuit-elle. Dans un orchestre, chacun est important et dépendant des autres, et il faut s'écouter." Derrière leur pupitre, instrument en main, certains jeunes musiciens sont très à l'aise. D'autres ont besoin de petits coups de pouce. Les enseignants de l'école de musique restent accroupis entre les chaises et distillent consignes et conseils, griffonnant au passage quelques indications sur les partitions.

Parmi les morceaux travaillés, on trouve des variations sur les thèmes de Coco, de Wejdene, de Bal de Bamako, de M, ou encore de Get Lucky, de Daft Punk. "On cale des moments pour les impros : ceux qui le souhaitent peuvent s'avancer devant les chaises et se lancer", explique Stéphane Scharlé. Les volontaires sont nombreux et inventifs.

Captation vidéo

"Participer à un projet avec des musiciens professionnels est très valorisant pour nos élèves, reconnaît Laetitia Quieti. La classe orchestre permet de démocratiser la pratique musicale, la Fabrique jazz leur offre une ouverture totale sur le monde et les rassure dans leur estime d'eux-mêmes." 

Le point d'orgue de cette année aurait dû être une représentation à l'Espace Django. "Malheureusement, cela n'a pas pu se faire à cause du Covid, regrette Mourad Mabrouki. Nous avons organisé à la place deux jours de répétition dans la salle, qui se sont achevés par une captation vidéo." S'il ne fait aucun doute que cette représentation par procuration fera la fierté des familles des élèves, les premiers fans sont les musiciens d'Ozma. "Ce travail avec les collégiens nous a apporté beaucoup de joie", se réjouit Stéphane Scharlé. Lisette Gries

Photos Abdesslam Mirdass