Agrégateur de contenus

Le monde artistique au cœur de la réflexion féministe

Égalité

Le monde artistique au cœur de la réflexion féministe

Égalité

Publié le 25/11/2025 - Modifié le 25/11/2025

Le monde artistique au cœur de la réflexion féministe

Fil d'Ariane

Le colloque de lutte contre les violences faites aux femmes s’est tenu ce 25 novembre sur le thème de l’art en lutte.

C’est une édition anniversaire. Le colloque contre les violences faites aux femmes a fêté ses 15 ans sur le thème de l’art en lutte, ce 25 novembre. Pour l’occasion, le Palais de la musique et des congrès (PMC) a fait salle comble : 1600 personnes se sont inscrites pour assister à cette journée où se sont succédé conférences et tables rondes. 
Le monde de l’art et de la culture n’échappe ni aux inégalités de genre, ni aux violences qui les accompagnent. Il en est même parfois le vecteur en véhiculant une vision stéréotypée des femmes. Pointant la romantisation et l’érotisation des violences faites aux femmes dans la peinture des grands maîtres tels que le Tintoret, le Titien, Tiepolo ou Rubens, l’historienne de l’art Sarah Crépieux-Duytsche souligne la manière dont le «regard patriarcal rend admissibles, plaisantes voire nécessaires ces violences». 
Outre les représentations faites de ces violences, le monde artistique est aussi un milieu professionnel où se reproduisent les mécanismes de domination. Dans le milieu du cinéma, « les violences et le harcèlement sexistes et sexuels génèrent beaucoup de renoncement, des carrières plus courtes », constate Florence Tissot, administratrice du collectif 50/50.  Les femmes artistes y sont toujours sous représentées et les victimes de violences invisibilisées, en particulier les «femmes racisées, handicapées ou issues de classes populaires», insiste la journaliste Christelle Murhula. Député et rapporteur de la Commission d’enquête relative aux violences commises dans les secteurs du cinéma, de l’audiovisuel, du spectacle vivant, de la mode et de la publicité, Erwan Balanant décrit des « talents broyés », mêmes si « les choses changent ». 

L'art comme outil d'émancipation

Ce changement passe notamment par le nécessaire renoncement à la figure du maître, prégnante dans le monde artistique. « En parlant, les victimes ont peur de nuire à la carrière des auteurs de violences ou à la leur », témoigne Alexandre Jund, chef d’orchestre et directeur du
Conservatoire de Strasbourg. «Puisque les violences sont systémiques, la réponse doit l’être également», martèle le directeur du Conservatoire, insistant sur la nécessité de former les personnels et de créer des cellules d’écoute pour les victimes.

Parfois outil de domination, l'art peut aussi être un espace de lutte et de réappropriation. «On ouvre le récit de la marge pour placer la marge au centre», explique la metteuse en scène Juliette Steiner, qui revendique aussi la possibilité de s’approprier un héritage. «On nous raconte l’histoire de l’art en nous privant de la moitié du récit. Pourtant des artistes avant nous ont posé un imaginaire, on peut s'appuyer sur elles », poursuit-elle.
La pratique artistique peut donc être un outil d’émancipation et parfois aussi de réparation . « La création peut faire sortir des violences, elle a une puissance transformatrice, assure l’artiste plasticienne Fanette Baresch, victime d’inceste.  C’est aussi un processus thérapeutique. »
Le colloque de lutte contre les violences faites aux femmes est organisé par la Ville en collaboration avec les associations féministes strasbourgeoises. Vingt associations ont d’ailleurs pu présenter leur action dans l’agora prévue à cet effet. 
Anne Dory
Photos Jérôme Dorkel