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Histoire du quartier Conseil des XV - Rotterdam

Le quartier du Conseil des XV constitue la partie est de la Neustadt. Il accueille les institutions européennes qui permettent à Strasbourg de jouer un rôle majeur, depuis la fin de la dernière guerre.

L'histoire, le site

Le Conseil des XV, qui administra la Ville de Strasbourg de 1433 à la Révolution, possédait de vastes terres à l'emplacement actuel du quartier, qui pris son nom au XVIIIème siècle. Il était essentiellement composé d'espaces agricoles et était situé à l'extérieur de la ville fortifiée jusqu'aux années 1880.

Le quartier est bordé par le bassin des Remparts (1927) et sa zone portuaire (1892-1901) à l'est, le canal de la Marne au Rhin au nord (1838-1853) et le tracé sinueux de l'Ill à l'ouest. Sa limite sud est celle de la Neustadt : le boulevard de la Victoire et la rue Vauban. Il fut urbanisé après la démolition des remparts du XVème siècle auxquels il faut ajouter ceux de la citadelle Vauban de 1681.

La Neustadt, l'extension urbaine

Strasbourg se transforme profondément à partir de 1871 avec une extension majeure qui triple sa surface. Le quartier des XV fait partie du projet de la Neustadt de l'architecte municipal Jean-Geoffroy Conrath en 1880.

Le plan d'extension est fortement marqué par les principes de composition néoclassique dans lesquels on décèle l'influence d'Haussmann, mais également les préceptes urbanistiques novateurs de Reinhard Baumeister. Complété par un arsenal administratif, le plan et le règlement de la Neustadt apparaissent comme un manifeste de la modernité allemande.

L'université constitue la première pièce du plan d'extension, donnant certaines grandes orientations à l'urbanisme de la Neustadt. Dès 1871, Berlin décide de créer la plus grande université de l'Empire à Strasbourg qui devait participer à la germanisation de l'Alsace-Moselle. Afin de ne pas attendre l'arasement des anciennes enceintes pour la construire, l'université est implantée sur les anciens glacis, ce qui explique sa forme en longueur. Plusieurs pavillons la composent au sein d'un parc : le jardin botanique qui accueille aussi l'observatoire. À l'extrémité ouest, le Palais de l'université fait face à l'ancienne Kaiserplatz, actuelle place de la République, de part et d'autre d'une avenue monumentale de représentation.

L'avenue de la Forêt-Noire est également une section de l'axe structurant Vosges - Alsace - Forêt Noire, reliant la place de Haguenau à la place de Kehl. Parallèle à l'Université et à l'axe monumental (place de la République - place de l'Université), il a été conçu comme une voie de transit évitant le centre ancien. Du gabarit le plus large des voies définies dans le plan d'aménagement de l'extension urbaine, il constitue la matrice du projet urbain. Cet axe délimite également le premier secteur d'urbanisation de la Neustadt, qui ne subira que peu de modifications entre le projet et la réalisation.

Elles interviendront à partir de 1895 sous l'influence des principes de Camillo Sitte. Le tracé des voies deviennent plus pittoresques et sinueuses. C'est le cas des rues Massenet, Richard Wagner et du boulevard d'Anvers, d'une part, et des rues François-Xavier Richter et du Conseil des XV, d'autre part. Seules quelques villas seront édifiées avant la première guerre mondiale dans ce secteur, qui sera urbanisé essentiellement dans les années 1930.

La construction de logements populaires : une réponse à la crise de l'habitat au XXe siècle

Place du Conseil des XV La cité Sparch est un des exemples de la politique municipale en faveur de l'amélioration des conditions de vie des habitants les moins favorisés pendant l'annexion et poursuivie après 1918. Construite en 1902-1903, puis agrandie en 1910, la cité Spach, de l'architecte Albert Nadler, comprend une centaine de logements respectant les principes hygiénistes de l'époque. Ils doivent ainsi être aérés, spacieux, haut de plafond, équipés de gaz pour le chauffage et l'éclairage. Dans la continuité de la cité Spach, l'ensemble Léon Blum est réalisé en 1920. D'autre Habitations à bon marché (HBM) sont implantées sur les parcelles encore vierges de ce secteur de l'avenue de la Forêt-Noire, le boulevard Leblois et la rue Vauban. Elles permettent de mutualiser des équipements publics tels que les bains collectifs, une buanderie, des séchoirs, un dépôt de la bibliothèque, une pharmacie et une crèche.

Cité Rotterdam La politique municipale d'habitat social se poursuivra dans le quartier, après la 2ème guerre mondiale, avec la réalisation de la Cité Rotterdam en 1951, premier grand ensemble construit en France grâce au procédé de préfabrication. Suite au concours organisé par le Ministère de la Reconstruction et de l'urbanisme (MRU), l'architecte Eugène Beaudoin construit 800 appartements pour reloger les sinistrés occupant des logements à Kehl, qui devaient être restitués à l'Allemagne. Implantée dans la continuité du tissu urbain existant, la Cité Rotterdam comprend des immeubles de 2 à 13 étages, ouverts sur un parc et l'école. D'apparence austère depuis la rue, la cité bénéficie d'une qualité de logements qui, en étant traversant, permettent d'avoir les séjours, les balcons et loggias ensoleillés, côté jardin.

Les bâtiments militaires, mémoire du passé, réaffectés

PEGELe passé militaire de Strasbourg se lit dans le paysage urbain du quartier, notamment avec les édifices en brique rouge caractéristiques du Pôle Européen de Gestion et d'Économie (PEGE) et le quartier Lecourbe.

Les bâtiments du PEGE, construits de 1888 à 1892, servaient aux subsistances militaires. Le site a été réhabilité et restructuré en 1999 par les architectes Jean-Michel Wilmotte, Jean Mérat et Michel Gomez. Le projet intègre la volumétrie existante et de nouveaux bâtiments.

Au sud-est de la Neustadt, la caserne Lecourbe, construite en 1892, a conservé son affectation d'origine. Un projet urbain devrait l'ouvrir sur la ville en intégrant un programme de logements.

Le parc de l'Orangerie

Ajouté au "poumon vert" qu'est le Jardin de l'Université, le quartier du Conseil des XV possède un second vaste espace vert : le Parc de l'Orangerie. La promenade Lenôtre, du nom de son concepteur, fut aménagée en 1692. Elle prit le nom d'Orangerie lorsque que Pierre-Valentin Boudhors, architecte de la Ville, fit construire, en 1807, le pavillon Joséphine, dont le nom rappelle sa fréquentation par l'Impératrice, en 1805 et 1809. Il permit d'abriter environ 140 orangers venant du château du prince de Hesse-Darmstadt, à Bouxwiller, mis sous séquestre lors de la Révolution et dont les orangers furent offerts, par l'État, à la Ville de Strasbourg. Suite à un incendie du pavillon en 1972, il fut restauré à l'identique.

Le parc de l'Orangerie fut réaménagé en jardin à l'anglaise après 1832, et agrandi pour l'exposition industrielle et artisanale de 1895. De nombreux bâtiments provisoires furent construits dont seul subsiste une ancienne ferme (aujourd'hui restaurant) transférée de Molsheim à Strasbourg, à cette occasion. L'actuel restaurant "Au Nid de Cigognes" a lui été bâti pour l'exposition, puis démonté et reconstruit dans le quartier de la Montagne-Verte au 102 route de Schirmeck.

Les institutions européennes

À proximité du parce de l'Orangerie et de la voie reliant le centre ville au quartier de la Robertsau, se sont installées les nombreuses institutions européennes. La première d'entre-elles est le Conseil de l'Europe, créée le 5 mai 1949 par 10 États fondateurs. Il a pour objectif de favoriser en Europe un espace démocratique et juridique commun, organisé autour de la Convention européenne des droits de l'homme et d'autres textes de référence sur la protection de l'individu. L'édifice emblématique du Conseil de l'Europe est l'actuel Palais de l'Europe (architecte Henry Bernard), qui fut construit en 1977 en remplacement d'anciens bâtiments datant des années 1950. Le premier Palais des Droits de l'Homme, devenu trop petit, devint sa bibliothèque lorsque l'actuel bâtiment fut érigé en 1995 (architectes Richard Rogers & Partners). La symbolique se retrouve dans son image : les deux cylindres de part et d'autre de l'entrée représentent la balance de la justice.

Le secteur des institutions européennes s'étend de part et d'autre de l'Ill avec les 4 bâtiments du Parlement européen, dont le siège est à Strasbourg. Après la chute du Mur de Berlin et les élargissements successifs de l'Union européenne, il a été nécessaire de construire un nouvel édifice, appelé Louise Weiss (1998, Architecture Studio Europe). Il est relié aux immeubles de bureau par une passerelle au dessus de l'Ill.

Contact

Mission Histoire urbaine

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