Ajouter à mes favoris

Histoire du quartier Koenigshoffen, Montagne-Verte, Elsau

Constitué de 3 entités, le quartier de Koenigshoffen - Montagne-Verte - Elsau, s'est développé à partir de la géographie des lieux, au cœur duquel se situe le projet du Parc naturel urbain Ill Bruche.

Koenigshoffen

Un riche passé antique

Koenigshoffen est le plus ancien quartier de Strasbourg, il date de l'époque romaine. Entre le Ier et le IVème siècle, c'était le faubourg civil qui accompagnait le camp de la légion, situé à l'emplacement de l'actuel centre ville. Il s'étendait le long de la voie dite Decumanus entre le camp et un important tumulus funéraire, le Hohberg. Ce quartier était constitué de tavernes et d'ateliers de charrons et de forgerons. Un temple de Mithra, divinité indo-iranienne dont la religion à mystère avait été adoptée par les soldats et les vétérans romains, fut découvert lors de la construction de l'église Saint-Paul et de nombreuses tombes, stèles et mausolées jalonnaient la route principale, les riches collections du musée archéologique en attestent.

Un village médiéval

Tour Schloessel

Koenigshoffen (les fermes du roi en allemand) tire son nom d'une villa royale édifiée dès le VIe siècle par le roi mérovingien Childebert II. Au Moyen-âge, le village s'étend de part et d'autre de la route des Romains, entre la porte Blanche, à l'est, et l'actuelle voie de chemin de fer, à l'ouest. Il est peuplé de paysans qui cultivent la riche terrasse alluvionnaire, de meuniers qui exploitent les moulins du Mühlbach et de religieux comme les recluses du couvent Saint-Gall ou les Chartreux. Cédé en 1347 par l'empereur, Koenigshoffen est intégré à la Ville de Strasbourg, dont la tour du Schloessel (ou du Breuscheck), datant du XIVème siècle, fait partie de la défense avancée.

À la fin du XIVème siècle, la Ville reloge ses habitants au faubourg de Saverne puis rase le quartier pour les besoins de l'artillerie située sur les remparts. Au cours des siècles suivants, le bourg vivra par les congrégations et leurs fermiers, et par l'activité des moulins.

À la fin du XVIIème siècle, Vauban aménage le canal de la Bruche pour transporter les matériaux nécessaires à la construction de la citadelle.

L'essor du faubourg

Église Saint-Paul

Au XIXème siècle, des industries s'y implantent, notamment les brasseries et le quartier se repeuple lentement. En 1841, la première gare de Strasbourg est construite à Koenigshoffen. Le chemin de fer et l'arrivée du tramway en 1880 accélèrent le développement du quartier. Cette forte expansion s'accompagne de la création de nombreux équipements (écoles, églises, poste). Puis, le faubourg subira une profonde mutation, marquée par l'urbanisation et par une inexorable désindustrialisation.

La population augmente avec la construction de nouveaux secteurs d'habitation tout au long du XXème siècle : le quartier des Romains, le lotissement du Schnokeloch, la cité des Cheminots, le Hohberg, pour se poursuivre actuellement avec le quartier des Poteries.

Aujourd'hui

Koenigshoffen fait l'objet d'importants projets d'urbanisme, avec notamment l'entrée du quartier par la route des Romains qu'il s'agit de recoudre au centre ville, tout en intégrant l'arrivée de la ligne de tramway. Le projet de Parc naturel urbain Ill Bruche permettra la mise en valeur et la gestion durable du riche paysage de Koenigshoffen et de la Montagne-Verte, le long de multiples cours d'eau.

Montagne-Verte - Elsau

Saint-Arbogast et le couvent

Ce n'est que vers le VIe siècle qu'un premier peuplement est attesté sur les bords de l'Ill à la Montagne-Verte. Au VIIème siècle, Saint Arbogast y vécut en ermite, avant d'accéder à l'épiscopat. Il y fit construire une chapelle qui devint un lieu de pèlerinage après sa mort. En 1060, deux chanoines de la cathédrale de Strasbourg transforment la chapelle en couvent d'Augustins (couvent Saint-Arbogast). Une petite agglomération s'installe autour du couvent, en adopte le nom qu'elle garde jusqu'à la fin du XVIIIème siècle. Le couvent, quant à lui, subsistera jusqu'en 1530.

Le quartier sera plusieurs fois dévasté entre le XIIème et le XVème siècle. À l'instar de Koenigshoffen, la population de la Montagne-Verte est évacuée derrière les murailles de Strasbourg entre 1374 et 1392. Le magistrat de Strasbourg fait raser le faubourg en vue de dégager les glacis précédant les fortifications de la ville.

Des tours de guet sont implantées en position avancée aux environs de 1429, comme la tour Verte (Grüne Warth) près de la route de Schirmeck. Détruite par la foudre en 1537, elle est reconstruite en 1538, rénovée en 1558, date à laquelle une auberge flanquera à cette tour ; en 1974, la tour et l'auberge seront démolies pour laisser la place à une station-service.

Seul subsiste le couvent Saint-Arbogast dans lequel se serait installé entre 1434 et 1444 Gutenberg. Une stèle lui est dédiée sur l'île Gutenberg, dont l'accès se fait depuis le quartier de l'Elsau.

En 1530, le couvent est démoli et ses pierres servirent à renforcer les fortifications de la Porte blanche. Le quartier demeure pratiquement inhabité jusqu'au XVIIIème siècle.

L'arrivée des infrastructures fluviales et ferrées et de l'industrie

Vers 1681, avec le creusement du canal de la Bruche, le développement du trafic fluvial attire à nouveau quelques habitants.

C'est avec l'avènement de l'ère industrielle que la vie tranquille de la Montagne-Verte est bouleversée : creusement du canal du Rhône au Rhin (1834), fixant la frontière avec le Neudorf et la Meinau ; construction de la ligne de chemin de fer Strasbourg-Bâle (1841) créant la séparation avec Koenigshoffen ; l'arrivée du tramway en 1900 (remplacé par la ligne de bus Kléber-Lingolsheim en 1955). L'Elsau, qui faisait partie autrefois du faubourg de la Montagne-Verte, était surtout composé de terrains inondables avant la canalisation et la régulation des cours d'eau. Seul un petit quartier ancien, rue de l'Unterelsau, rappelle le passé.

Île sur l'ill Au XIXème siècle, la Montagne-Verte est un coin de campagne près de Strasbourg où il fait bon vivre, les bourgeois viennent s'y promener le dimanche. De nombreux restaurants et auberges y sont installés, au total une quinzaine d'établissements plus ou moins réputés, tels que "Au Nid de Cigogne", "Au Cygne", "À la Montagne Verte" ou encore "À la Tour Verte".

Des ateliers artisanaux et de petites industries viennent s'y implanter. La population connaît une importante progression jusqu'en 1936, mais se concentre encore essentiellement le long de la route de Schirmeck.

Un fort développement depuis les années 1950

Après la seconde guerre, la population de la Montagne-Verte et de l'Elsau augmente considérablement, des centaines de logements sont construits dans les années 1950-60. La cité Henri Sellier comprend 200 logements, la cité Molkenbronn, 480 logements, la cité du Murhof qui doit son nom à une rivière qui y passait autrefois, 750 logements. Avec plus de 1 400 logements sociaux, la Montagne-Verte compte plus de 4 000 habitants dans les cités construites après guerre.

Aujourd'hui, l'Elsau est l'une des grandes opérations d'urbanisme réalisées en régie directe par la Ville de Strasbourg. Enserré dans une boucle de l'Ill, ce quartier de 125 hectares est accessible par un passage sous la voie ferrée et la passerelle Hans Arp. L'urbanisation, commencé en 1970, concerne de l'habitat, collectif au nord de la rue Michel-Ange, individuel au sud jusqu'aux berges de l'Ill, complété par des équipements de quartier tels que les écoles maternelles et élémentaires, le centre culturel... Un grand équipement marque le quartier depuis 1985 : la maison d'arrêt de Strasbourg, construite en bordure de l'autoroute, elle-même mise en service en 1965. L'ensemble, conçu par l'architecte Philipe Vuillaume, se structure à partir de la rue Martin Schongauer, où circule le tramway depuis 2008, et autour d'un mail piéton et d'une grande place carrée : l'avenue Jean-Baptiste Pigalle, la place Nicolas Poussin et la rue Watteau, récemment réaménagées. Ils forment le cœur de l'Elsau et font référence au plan de Freudenstadt, ville idéale dessinée par Heinrich Schickhardt en 1599.

Contact

Mission Histoire urbaine

Tél. +33 (0)3 68 98 65 80

Contactez-nous