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Histoire du quartier Neuhof, Stockfeld, Ganzau

À 4 km au sud du centre ville, le Neuhof s'étend entre le Rhin Tortu, l'aérodrome du Polygone et la forêt. De nombreux lieux-dits témoignent de l'histoire d'un quartier mosaïque en transformation.

Un domaine agricole aux portes de la forêt

Situé dans la plaine inondable du Rhin et recouvert d'une épaisse forêt, le Neuhof, encore inhabité, appartenait aux puissants seigneurs de Lichtenberg qui le tenaient en fief des évêques de Strasbourg. Ce territoire est vendu en 1370 à un riche bourgeois de la ville.

La première mention du nom "Neue Hoff" apparaît en 1424 pour citer la création d'une ferme et son domaine dépendant d'un village d'outre-Rhin nommé Hundsfelden. Ce domaine, possédé en indivision par plusieurs familles nobles strasbourgeoises comme les Zorn et les Endingen, était loué à un fermier chargé de le mettre en valeur. Durant un siècle, la Ville en rachète progressivement les 96 parts et devient seule propriétaire du domaine en 1647 ; dès lors, le Neuhof fait partie du territoire de Strasbourg.

Outre les ouvriers agricoles, le site n'héberge alors que quelques orpailleurs à la recherche de paillettes dans les alluvions du Rhin et des pêcheurs de saumons.

En 1699, les Jésuites achètent à la Ville des terres au Neuhof et y installent une ferme destinée à subvenir aux besoins du Collège royal installé au pied de la cathédrale (actuel lycée Fustel de Coulanges). Le domaine attire de nombreux ouvriers agricoles qui construisent de petites maisons rue Parallèle et route d'Altenheim. En 1728, le Neuhof constitue une petite communauté catholique de 130 habitants où se côtoient ouvriers agricoles, bûcherons et pêcheurs. La majorité des habitants ont le statut de "manants" (Schirmer) de la Ville, car trop pauvres pour acheter le droit de bourgeoisie. La manance était un droit vénal et héréditaire qui, sans donner de droits civiques ni d'appartenance aux corporations, permettait de jouir de la protection de la Ville. Pour compléter leurs maigres ressources, la plupart des habitants obtiennent de la Ville une petite portion des terrains communaux à cultiver. Au cours du XVIIIème siècle, de nouvelles terres sont concédées par la Ville et des parcelles de forêt sont défrichées (Stockfeld signifie "champ gagné sur la forêt"). Les Jésuites sont expulsés en 1760 et, à la suite de la Révolution, les grands domaines sont morcelés et acquis par les cultivateurs du Neuhof.

Le développement du village

L'installation de moulins le long du Rhin Tortu et du Ziegelwasser attire de nouveaux habitants des villages environnants. À la Ganzau, un petit complexe industriel, appartenant au préteur royal François de Klinglin, comprenait un moulin à grains, un moulin à tabac, un foulon, un moulin à chanvre et une blanchisserie. Après la Révolution, une teinturerie, une fabrique de "café de chicorée" et une fabrique de colle forte s'installèrent à la Ganzau.

Allée ReussAu XIXème siècle, le développement du village accompagne celui de la ville. On compte 1 000 habitants en 1812 et plus de 3 000 en 1900. De nombreuses institutions caritatives s'y installent. Des activités, comme la fabrique de chapeaux de paille de la rue Riehl (toujours visible au n°13) ou les usines de Graffenstaden, procurent du travail aux nouveaux habitants. Avec la construction, vers le milieu du XIXème siècle, de deux églises et de deux écoles, Strasbourg confère au Neuhof le statut de quartier. En 1885, une ligne de tramway dessert le quartier et renforce son intégration à la ville : cette ligne sera électrifiée en 1896 et fonctionnera jusqu'en 1962. Cependant, en 1900, la voie ferrée vers Kehl est déplacée au sud de Neudorf. Conçue comme une véritable enceinte renforcée par une importante zone non constructible (glacis) entre les deux quartiers, elle participera au relatif isolement du Neuhof.

La période des extensions

En 1910, la construction de la cité-jardin du Stockfeld marque une date importante pour l'histoire du quartier. 450 logements sont construits au sud du village afin de reloger les habitants des logements détruits pour la restructuration du centre-ville. Vingt ans plus tard, une nouvelle extension de 250 logements, la cité Ribot, complétera la cité-jardin. Au même moment, le nord du quartier connaît une transformation complète avec la construction du "complexe militaire" de la Feldartilleriekaserne (aujourd'hui quartier Lizé, hôpital Lyautey et l'Institut universitaire de formation des maîtres - IUFM). Cette réalisation, sur des terrains abondants et bon marché, annonce les vastes opérations de construction des "trente glorieuses".

Dès 1936 commence l'ère du relogement massif sur le quartier : l'Office HBM édifie plus de 300 logements dans des bâtiments provisoires de deux niveaux, aux parois métalliques remplies de sable, les "Blech" (rue des Canonniers et rue de la Klebsau). Il s'agissait de reloger les expulsés de la 3e tranche de la Grande percée (l'actuelle rue de la Première Armée), ainsi que les habitants des immeubles détruits au cours de la Première guerre mondiale qui vivaient dans des logements sommaires aménagés dans des casernes désaffectées. Les derniers Blech ne furent détruits qu'en 1970.

La Deuxième guerre avait détruit 12 000 logements à Strasbourg et il fallut procéder au relogement des sans abris. Le Ministère du relogement et de l'urbanisme (MRU) édifiera au Neuhof 300 habitations de fortune appelées "chalets", qui n'étaient en fait que des baraquements sans confort. Les derniers baraquements du MRU seront détruits en 1972, au moment de la construction de la cité des Aviateurs.

Entre 1950 et 1972, la construction des cités d'habitat social change l'aspect général du quartier. Toute la partie agricole, au nord, sera entièrement urbanisée et connaîtra, tour à tour, chacun des avatars de l'architecture sociale "fonctionnaliste" et des différents modes de construction, de plus en plus industrialisés, qui se succédèrent au cours de la période. Avec plus de 4 000 logements sociaux, construits entre 1950 et 1972, le Neuhof double sa population et devient la plus forte concentration d'HLM de l'agglomération.

Dans les années 70, avant même la fin de la construction de ces cités, les habitants se mobilisent pour la réalisation des équipements publics, des liaisons, des aménagements d'espaces extérieurs oubliés dans la hâte de loger, et pour une meilleure gestion locative (propreté, entretien, contrôle des charges…). Cette tradition de forte mobilisation participe toujours au caractère et à l'identité du Neuhof.

Depuis 1977, les cités ont connu toutes les procédures de la Politique de la Ville qui ont contribué à la réalisation d'équipements, à l'aménagement d'espaces publics et à la réhabilitation des immeubles, sans cependant réussir à ancrer le quartier du Neuhof dans la dynamique de développement de l'agglomération.

La rénovation urbaine, engagée au début des années 2000, dans le cadre du grand projet de ville (GPV) et prolongée à travers la convention signée avec l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU), marque un tournant dans l'histoire du quartier.

Il s'agit d'une profonde recomposition du quartier qui s'appuie sur trois axes majeurs : le désenclavement du quartier notamment par l'arrivée du tramway, l'amélioration et la diversification de l'offre de logement, le renforcement des équipements publics et de l'activité économique.

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Mission Histoire urbaine

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