Strasbourg, ville créative

Strasbourg, ville créative
Arts, formation à la créativité dans l'économie, serious game, lieux atypiques… Ces dernières années, Strasbourg assiste à un bouillonnement créatif et invente de nouvelles formes de créativité.
Publié le 31/10/2017
Modifié le 07/11/2017

Découvrez la carte des différents lieux de créativité de Strasbourg.

Créatif, créative [nom] : personne qui a une grande capacité de création, d'imagination.

S'il y a bien un domaine où la créativité des Strasbourgeois est reconnue, c'est celui de l'illustration. Pour cause : depuis 1892, l'école supérieure des arts décoratifs, devenue la Haute école des Arts du Rhin (Hear) en 2011, forme designers, illustrateurs, graphistes, scénographes…

a recette créative de la Hear est connue : un atelier d'illustration dynamique et prestigieux, des collaborations avec des entreprises sur des projets concrets, des ateliers et projets transversaux, un espace d'exposition, La Chaufferie, dédié aux étudiants, de nombreux partenariats avec des écoles strasbourgeoises, françaises et étrangères… L'école créé ainsi un bouillonnement culturel au sein de ses murs, qui se prolonge à Strasbourg puisque 35% de ses anciens étudiants choisissent d'y demeurer.

Ils se regroupent au sein de structures, comme La Semencerie, Central Vapeur, le Bastion 14 ou La Hutte, créent leur propre label, maison d'édition ou intègrent des entreprises locales.

Enseigner la créativité

La "prise de conscience de l'impact de la créativité sur le développement économique des entreprises" a d'ailleurs contribué à la mise en place, en 2005 et 2006, des Master "ingénierie de projets innovants" et "management et ingénierie de la créativité" par l'université de Strasbourg, en partenariat avec l'Insa et la faculté des arts. "Nous enseignons aux salariés ou aux personnes en reconversion les méthodes de management favorables à l'émergence de nouvelles idées en entreprise", relate Patrick Llerena, professeur d'économie.

En 2009, l'université s'intégrait également à un réseau international universitaire en organisant son école d'automne en management de la créativité, une semaine d'ateliers, de visites et d'échanges sur ce thème. Formation et recherche étant assurés par l'université, l'association Accro est née en xx pour développer l'économie créative. "Il ne manquait plus qu'un lieu pour structurer une filière cohérente", ajoute Patrick Llerena. Ce sera bientôt chose faite : Accro s'installera en 2020 dans la Manufacture des Tabacs.

La vague serious game

La créativité strasbourgeoise se manifeste dans des domaines plus inattendus, comme celui des jeux sérieux (serious game). Deux entreprises, Almedia et Method in the Madness, en ont fait leur spécialité pour répondre à la demande croissance du secteur touristique, culturel et de tout type d'entreprises.

"La démocratisation des jeux sur smartphone a énormément aidé", analyse Gilles Noeppel, fondateur d'Almedia. Découverte des lieux de mémoire d'Alsace du Nord ou sensibilisation des enfants aux économies d'énergie pour Almedia ; découverte du métier de journaliste ou formation au travail en salle blanche pour Method in the Madness… Aucun jeu ne se ressemble mais un impératif demeure. "Atteindre des objectifs pédagogiques en utilisant des mécaniques de jeu", complète Stéphane Becker, dirigeant de Method in the Madness.

Aucune formation spécifique au serious game n'existait avant la création de Ludus Académie, en 2011. Cette école privée strasbourgeoise forme aux métiers des jeux sérieux de la licence jusqu'au doctorat et s'est vite intégrée à la vie créative locale en participant à des évènements comme les Artefacts, Stras'Bulle, ou Ososphère… Avant de créer Start to Play, en 2014, festival dédié aux jeux vidéo sous toutes ses formes. Il y a sept mois, Jérôme Hatton, fondateur de Ludus Académie, ouvrait le Pixel museum, premier musée du jeu vidéo de France, à Schiltigheim.

De nouveaux lieux

Pour répondre à ces nouvelles formes de créativité, des tiers lieux ont vu le jour. Moyennant un ticket d'entrée ou un abonnement, ces structures mettent à disposition du grand public comme des professionnels matériel et espace de travail. Il en existe trois à Strasbourg : le Fablab du Shadok, axé sur l'impression 3D, la gravure laser et le numérique, La Fabrique, consacré aux techniques manuelles, et Kuirado, dédié à la cuisine.

La Ville intègre également ce besoin de transversalité dans ses projets. Depuis 2012, le Shadok fait le lien entre numérique et culture, organise régulièrement ateliers et expositions, et accueille un espace de coworking. La Manufacture des Tabacs accueillera d'ici 2020 un pôle entrepreneurial, des commerces et restaurants, des locaux pour la Hear, l'École nationale du génie de l'eau et de l'environnement (ENGEES), l'École et observatoire des sciences de la Terre…

Même concept sur l'ancien site de la Coop, au Port du Rhin, actuellement en rénovation. Collectifs d'artistes, associations, fablab, espace de concerts, pôle consacré à l'économie sociale et solidaire s'y installeront progressivement jusqu'en 2020. De nouveaux terreaux créatifs pour les prochaines générations.

Bouillon de culture

Depuis deux ans, l'arrivée de nombreux artistes impulse une nouvelle dynamique sur le parc Gruber.

La Hutte Grüber correspond à l'atelier d'artistes tel qu'on se l'imagine. Un joyeux mélange d'œuvres, de matériel et des personnes qui vont et viennent. Cette association, installée depuis 2015 dans le parc Gruber, route des Romains à Koenigshoffen, regroupe plusieurs jeunes artistes : Alexandre et Arno, plasticiens, Pierre, illustrateur, Jonathan et Coralie, céramistes, Ikhyeon, scénographe, Juliette, dessinatrice, Yannick, peintre, Baptiste, sculpteur… "Nous étions tous de la même promo de la Hear à chercher un atelier en même temps", débute Arno. "Nous avons donc décidé de nous regrouper", poursuit Pierre. "C'est plus pratique pour partager les frais et le matériel", termine Jonathan.

Avant eux, une société coopérative dédiée aux arts du spectacle, baptisée Le Scénographe, s'est installée sur le site en 2013. La Fabrique, un espace de travail partagé pour la couture, la métallerie ou la menuiserie, a ouvert en 2015. En début d'année, les 19 membres du collectif Gruber, alias La Drèche, ont entrepris de créer des espaces consacrés aux arts graphiques, à la menuiserie, à la céramique, un studio d'enregistrement, une salle de répétition pour des musiciens, une chambre noire et un atelier de lutherie.

Bref, "des lieux de croisement qui nous inspirent", affirme Ikhyeon. "Si je veux tester la céramique ou trouver un partenaire pour un projet, ici, je peux", confirme Hélène membre du collectif Gruber. Résultat : une dynamique de quartier s'est créée. "Le Scénoscope nous a aidés à faire tenir la mezzanine, raconte Hélène. Et La Fabrique nous a organisé un chantier participatif de trois jours." Au Scénoscope, Pierre se rend régulièrement à La Fabrique. "On discute de choses techniques, d'électronique. Moi j'y connais rien !" relate le machiniste, qui réalise actuellement un décor de théâtre pour une pièce prochainement jouée à l'Opéra d'Avignon.

Léa Davy