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Contre l'élevage intensif, pour une alimentation plus saine et plus éthique

Contre l'élevage intensif, pour une alimentation plus saine et plus éthique

Motion au Conseil municipal du lundi 3 novembre 2025

La loi française énonce que « tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce » (Code rural et de la Pêche, Art L214-1). L'Union Européenne précise que « les méthodes d'élevage qui causent ou sont susceptibles de causer des dommages aux animaux concernés ne doivent pas être pratiquées » (Directive européenne du 20 juillet 1998).

Pourtant, chaque jour en France, sur les 3,3 millions d’animaux d’élevage terrestres abattus, 80 %, soit 2,65 millions, sont issus de l'élevage intensif qui ne respecte pas ces lois. La consommation française de viande atteint 80 kilos par an et par personne, soit le double de la moyenne mondiale. On notera qu’un·e Français·e consomme 1,1 kg de viande par semaine lorsque la recommandation nutritionnelle la fixe à 301 g (source : l’Œuvre d'Assistance aux Bêtes d'Abattoir) avec des impacts majeurs sur la santé humaine tels que l’obésité ou les maladies cardio-vasculaires. La consommation de viande est en augmentation en France (+2,4 % en 2024).

Selon l’OABA toujours, l’élevage intensif est un mode d'élevage industriel caractérisé par l'entassement d'un maximum d'animaux sur une surface minimale et une alimentation très riche pour favoriser une croissance rapide, priorisant la productivité au détriment du bien-être animal et du bien manger de la population. Ce type d’élevage génère de grandes souffrances chez les animaux qui vivent dans des conditions incompatibles avec leurs besoins physiologiques (confinement extrême, promiscuité, manque de lumière, mutilations, transports longs, etc.). 

Au-delà de la maltraitance animale, l'élevage intensif fragilise les sols, contribue massivement au changement climatique, dégrade la qualité de l'air et de l'eau, favorise la déforestation et l'eutrophisation des rivières et littoraux, illustrée par les algues vertes en Bretagne. Il accroît les risques sanitaires par la concentration d'animaux favorisant à la fois l'émergence de zoonoses et l'antibiorésistance croissante des bactéries.

Les Nations Unies alertent : d’ici 2050, jusqu’à 90 % de nos terres agricoles pourraient être menacées de dégradation. Or celles-ci sont, notamment en France, majoritairement exploitées afin de nourrir des animaux. Notre pays fait partie des plus concernés par cette alerte, car la France occupe la triste seconde place en Europe par le nombre de fermes-usines. 

L’agriculture intensive s’inscrit dans un modèle de surproduction dégradant les conditions de travail des travailleur·euses au profit des grands groupes industriels. Il met en danger le modèle d’exploitation familiale à taille humaine ancré dans des démarches d’agroécologie et socialement engagé sur son territoire.

La récente loi Duplomb et le décret 2024-529 du 10 juin 2024, qui a relevé les seuils d'évaluation environnementale, illustrent l'irresponsabilité gouvernementale face à ces perspectives menaçant directement notre environnement.

Cependant, des alternatives existent. Par exemple, remplacer la moitié de notre consommation de protéines animales par des protéines végétales ferait chuter, à l'échelle mondiale, l'émission de gaz à effet de serre de 35%, l'acidification des sols de 32%  et réduirait de 51 % les besoins en surfaces agricoles. Une telle réduction épargnerait chaque année la vie de 600 millions d'animaux (source L214 : le sauvetage du siècle), sans pour autant mettre en danger la vie humaine, bien au contraire.

En signant massivement la pétition contre la loi Duplomb, les consommateur·rices et des syndicats agricoles ont exprimé leur aspiration à un modèle agricole plus durable, respectueux des agriculteur·rices, de leurs conditions de travail et de leurs revenus, des populations, des animaux et des ressources. Ce type d’élevage ne permet pas toujours aux agriculteur·rices de tirer de leur travail une rémunération suffisante, écrasé·es par les marges des intermédiaires et de la grande distribution. Un autre modèle agricole est urgent. Ce modèle agricole en rupture avec l’agro-industrie est celui défendu par la Ville de Strasbourg à travers ses engagements pour le Pacte de Milan, dans la mise en œuvre de son Projet alimentaire territorial et de son plan d’actions pour la cause animale.

Le Conseil Municipal de Strasbourg :

Rappelle l'exigence légale de protection des animaux en tant qu'êtres sensibles et réaffirme que la lutte contre l'élevage intensif est la condition d'une alimentation durable, juste et respectueuse du vivant.

Rappelle son attachement au maintien et au développement d'une agriculture durable qui accorde une place centrale au compagnonnage historique entre production végétale et élevage éthique.

Demande également au Gouvernement d'engager un plan national de sortie progressive de l'élevage intensif, incluant :

  1. Un accompagnement massif des filières vers des systèmes extensifs, conditionnant les aides publiques au respect des animaux et de critères sociaux et environnementaux et la mise en place d’aide à la reconversion,
  2. La redirection des aides publiques : soutien aux fermes de taille humaine, aux élevages en plein air et à des abattoirs de proximité ou mobiles permettant l'abattage dans des conditions acceptables,
  3. Un moratoire sur les nouvelles fermes-usines (terrestres et piscicoles) ainsi qu’un plan national de sortie,
  4. Un moratoire immédiat sur les nouvelles constructions et extensions de fermes-usines sans accès au plein air et des fermes piscicoles,
  5. La valorisation des métiers et pratiques agricoles favorisant les impacts éthiques ou environnementaux les plus vertueux, le renforcement de l’information aux consommateur·rices avec une traçabilité des produits,
  6. L’interdiction des cages et l’obligation d'accès extérieur conformément aux engagements du président de la République pris en 2017,
  7. La révision du décret 2024-529 pour rétablir une évaluation environnementale systématique à des seuils protecteurs,
  8. Un plus grand investissement concernant la formation en agroécologie dans les programmes scolaires agricoles. 


Adopté le 3 novembre 2025 par le Conseil Municipal.
Rendu exécutoire après transmission au contrôle de légalité préfectoral le 5 novembre 2025 et publication sur le site Internet www.strasbourg.eu le 7 novembre 2025.