Les jeunes au cœur de la transition vers des mobilités actives

L’Eurométropole de Strasbourg s’engage dans une démarche innovante et participative avec le projet S.M.A.L.L (Sustainable Mobility for All), soutenu par le programme européen URBACT. L’objectif de ce projet est de réfléchir ensemble à donner aux enfants et aux adolescents une autonomie de déplacement tout en adaptant l’espace public à leurs besoins.
Pourquoi l’autonomie des jeunes dans l’espace public est-elle essentielle ?
L’autonomie des enfants et des adolescents dans leurs déplacements n’est pas seulement une question de mobilité, mais aussi un enjeu de santé publique, d’émancipation et de cohésion sociale. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les jeunes qui marchent ou utilisent le vélo régulièrement développent une meilleure condition physique, réduisent leur risques d’obésité et améliorent leur bien-être mental (OMS, 2020).
Une étude de l’Ademe souligne également que les enfants autonomes dans leurs trajets gagnent en confiance et en responsabilité, des compétences essentielles pour leur développement (Ademe, 2023). Enfin, l’UNICEF rappelle que l’accès à un espace public sécurisé et adapté est un droit fondamental pour les enfants, favorisant leur inclusion et leur participation à la vie collective (UNICEF, 2021).
Pourtant, en France, la part des jeunes se déplaçant activement a fortement diminué : seulement 35 à 40 % des enfants se rendent à l’école à pied ou à vélo aujourd’hui, contre 60 % il y a trente ans (Ademe, 2025).
Face à ce constat, l’Eurométropole de Strasbourg s’engage dans une démarche innovante et participative avec le projet S.M.A.L.L (Sustainable Mobility for All), soutenu par le programme européen URBACT. L’objectif ? Rendre aux enfants et aux adolescents leur autonomie de déplacement tout en adaptant l’espace public à leurs besoins, en collaboration avec les acteurs locaux, les associations, les chercheurs et surtout les jeunes eux-mêmes.
URBACT : une dynamique européenne pour des solutions locales
Le programme URBACT, actif depuis 2002, permet aux villes européennes de partager leurs expériences et leurs bonnes pratiques en matière de développement urbain. Dans ce cadre, le projet S.M.A.L.L rassemble neuf villes partenaires, dont l’Eurométropole de Strasbourg, afin de co-construire des réponses adaptées aux enjeux de la mobilité durable.
L’objectif est clair : concevoir des solutions locales qui répondent aux défis communs tout en tenant compte des spécificités de chaque territoire.
Un constat qui appelle à l’action
Les chiffres sont sans équivoque : dans le Bas-Rhin, la pratique du vélo chez les moins de 18 ans a reculé, passant de 25 % en 2009 à 21 % en 2019.
Plusieurs raisons expliquent cette baisse, notamment des infrastructures souvent pensées pour les adultes, une inquiétude grandissante des parents face à la circulation, des inégalités persistantes dans l’accès au vélo entre filles et garçons, ainsi qu’un manque de consultation des jeunes dans les projets d’aménagement.
À Strasbourg, où la pratique des modes actifs reste plus ancrée, l’enjeu est de maintenir et renforcer cette tendance grâce à une approche participative et éducative.
Une stratégie ambitieuse en trois volets
Le plan d’action repose sur une sensibilisation précoce, une participation active des jeunes et une adaptation des infrastructures.
Pour ancrer les mobilités actives dans les habitudes dès le plus jeune âge, le projet prévoit des campagnes de communication innovantes, co-créées avec les jeunes et diffusées sur des plateformes adaptées au public jeunes. Parmi les ambitions du plan d’action, être en capacité de proposer le programme "Savoir Rouler à Vélo" dans toutes les écoles primaires, avec pour objectif de former l’ensemble des élèves de CM2 d’ici 2027. Des événements ludiques, comme des challenges "À l’école à vélo" ou des pédibus, seront organisés pour impliquer les familles et créer une dynamique collective autour de ces enjeux.
La participation des jeunes est au cœur du dispositif. Des méthodes de consultation adaptées, telles que des ateliers créatifs, des cartes mentales ou des sondages en ligne, seront mises en place pour recueillir leur vision des trajets scolaires. Les Conseils de jeunes de Strasbourg et Schiltigheim joueront un rôle clé en contribuant aux décisions concernant les aménagements urbains, comme les pistes cyclables ou les "rues écoles". Des partenariats avec l’Université de Strasbourg permettront d’intégrer les recherches sur la mobilité des jeunes dans les actions locales.
Enfin, pour rendre les déplacements actifs plus sûrs et attractifs, le groupe de travail a validé l’extension des dispositifs "rues écoles", temporairement fermées à la circulation aux heures d’entrées et de sortie des classes. Actuellement, 31 % des écoles strasbourgeoises bénéficient déjà de ce dispositif, avec une volonté de le généraliser. Des ateliers d’auto-réparation de vélos seront proposés plus régulièrement dans les collèges pour rendre les jeunes autonomes, tandis que les stationnements vélo près des écoles, gymnases et lieux culturels vont être audités pour en développer là où il y en a encore besoin. Une flotte de vélos en prêt, via le service Vélhop, sera également mise à disposition pour les sorties scolaires.
Des résultats prometteurs dès les premières expérimentations
Certaines initiatives ont déjà démontré leur efficacité. L’expérimentation d’une "rue école" rue Saint-Dié à Strasbourg a permis de réduire le trafic automobile de 84 % tout en augmentant significativement le nombre de piétons.
Le challenge "À l’école à vélo", remporté en 2025 par l’école Gutenberg située en quartier prioritaire, a montré que ces enjeux concernent tous les territoires. Des ateliers de co-création avec des jeunes filles ont par ailleurs permis de travailler sur le contenu de campagnes de communication plus inclusives, reflétant mieux les attentes des jeunes. Retrouvez ci-dessous la vidéo de cette journée de travail :
Transcription de la vidéo
Voici le texte apuré et organisé en paragraphes :
Depuis pas mal de temps, je m'intéresse à l'écologie. J'ai rejoint le CMG pour en parler. Ils m'ont regardée, je les ai regardés, et puis ils ont accepté.
Là, on est en train d'établir le profil d'une jeune dans le but d'avoir une campagne de communication qui puisse la toucher. On a décidé d'avoir une jeune qui est assez éloignée des mobilités douces puisqu'elle se balade exclusivement en scooter.
Elle s'appelle Lya, elle a 15 ans, elle habite au Marais et elle va au lycée Rouge et Libre. Voici quelques détails sur son quotidien :
- Elle va au centre commercial des Halles.
- Elle commande sur Internet ses vêtements.
- Elle écoute du rap.
- Elle va aussi au skatepark.
- Ses applications préférées sont TikTok, Netflix et Snap.
Small est un projet européen pour encourager les personnes dans la ville à utiliser d'autres formes de mobilité. Dans ce projet, on veut prioriser les voix des jeunes.
Il faut leur demander si TikTok est la meilleure chaîne pour la communication. Nous, les jeunes, on passe beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, ce qui fait qu'on serait beaucoup plus intrigués par ce genre de vidéos qui sont tendances. On va se dire : "Ah, mais c'est super, les adultes de la ville s'intéressent à nous de cette manière, je trouve ça cool."
Je pense que ce qui est intéressant dans ce que vous faites, c'est qu'on ne projette pas nos envies sur les mobilités, mais qu'on parte des fils que vous vous tissez. Voici quelques questions à considérer :
- Est-ce que j'ai envie de faire du vélo ?
- Est-ce que j'utilise les voitures sans permis ?
En tout cas, on va utiliser ce que vous faites pour améliorer la vie quotidienne, à la fois la vôtre, mais aussi celle de tous les habitants de Strasbourg, de Schiltigheim et des autres communes de l'Eurométropole.
Apprendre à faire du vélo devrait être aussi fondamental qu’apprendre à nager : une compétence essentielle pour tous les enfants.
Un membre de l’association des parents d’élèves.
Je m’engage dans ce projet parce que les mobilités de demain nous concernent tous, et les jeunes en particulier !
Élisabeth, membre du Conseil de jeunes de Strasbourg.
Un déploiement progressif et une évaluation continue
Le plan S.M.A.L.L a démarré au début de l’année 2026, et prévoit un suivi annuel pour en mesurer l’impact et ajuster les actions. Dès 2026, des cartes mentales seront créées dans les écoles et des agents seront formés pour animer des ateliers de sensibilisation.
En 2027, une évaluation approfondie des "rues écoles" et des campagnes de communication sera réalisée, tandis qu’une campagne numérique conçue avec les jeunes verra le jour. À plus long terme, l’objectif est d’intégrer systématiquement l’avis des jeunes dans tous les projets d’aménagement urbain.
La mobilité de demain se construit aujourd’hui, avec ceux qui la vivront : les enfants et les adolescents.
Alain Jund, vice-président de l’Eurométropole de Strasbourg en charge des mobilités.
Une mobilisation collective pour des déplacements durables
La réussite de ce projet repose sur l’engagement de tous. Les parents sont encouragés à soutenir leurs enfants dans leur participation aux pédibus ou aux ateliers vélo. Les jeunes peuvent s’impliquer en rejoignant le Conseil municipal des jeunes ou en participant aux challenges organisés dans leur établissement.
Les associations et les écoles sont invitées à organiser des animations et promouvoir les mobilités actives en lien avec leur commune et l’Eurométropole.