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Des Strasbourgeois·es engagé·es dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme

En 2023, dans le cadre de sa campagne de communication autour du 21 mars, journée internationale de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, la ville de Strasbourg a recueilli le témoignage de personnes engagées dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme au sein de différents projets soutenus par la ville de Strasbourg. Leur vécu personnel les a conduit·e·s à s’engager pour déconstruire les préjugés, éviter la banalisation des situations, transmettre des valeurs et améliorer le vivre ensemble.

À travers leurs portraits, c’est l’occasion de mettre en avant des projets innovants portés par sept associations du territoire dans le cadre de l’appel à projets de la ville "lutter contre l’antisémitisme et les discriminations" ainsi que l’Espace égalité, lieu unique en France, de sensibilisation et d’information sur les droits et la lutte contre les discriminations. 

Bella et Fama de l’Association amitié judéo-musulmane d’Alsace Lorraine (AJMAL) 

Bella, co-présidente
Étant moi-même musulmane dans une famille dans laquelle plusieurs membres sont juif-ves, ce combat pour l’amitié judéo-musulmane m’a tout de suite semblé évident. J’ai beaucoup appris de l’Histoire juive et je pense que les points communs entre ces religions sont nombreux. Pourtant, dans le contexte actuel, les stéréotypes, les jugements et la désinformation participent à bâtir des murs entre les confessions. 

Ce combat contre les stéréotypes et pour rassembler les gens doit être une priorité. Il faut aller au-delà des conflits et mettre en évidence toutes les choses qui nous rapprochent. Parce qu’au fond, les actions que nous menons montrent bien que nous ne sommes pas si différent-es que ça. On se doit d’être présent-es sur ces sujets car c’est pour les futures générations que l’on se bat, pour un monde meilleur.

Fama, bénévole
Je suis noire et je suis étrangère, alors quand je suis arrivée en France, je ne m’attendais pas à subir un tel rejet. Un jour, une femme dans la rue m’a dit qu’elle ne voulait pas qu’une noire marche derrière elle. J’ai décidé que ça en était assez, et c’est pour ça que je me suis engagée dans la lutte contre le racisme.

Dans notre association, nous travaillons à la déconstruction des stéréotypes, non seulement religieux, mais sur les autres en général, les étrangers et étrangères, les autres cultures... On ne parle pas uniquement de religion mais de vivre ensemble, d’échanges. Quand on présente notre travail, quand on parle de l’amitié judéo-musulmane, ça étonne ! Dans le bon sens, les gens posent des questions, s’intéressent … et c’est comme ça qu’on avance, en échangeant, en allant rencontrer l’autre.

Beatriz, Directrice artistique de la compagnie les Gladiateurs

Quand j’ai commencé le théâtre en France, toutes les portes se fermaient parce que je ne parlais pas français. Mais j’ai été recrutée par une compagnie internationale à Strasbourg. Aujourd’hui, je rencontre et je travaille avec des artistes du monde entier.

Le théâtre est un bon médium pour dire le monde, c’est un espace d’écoute et de circulation de la parole. Je crois profondément à l’idée qu’en tant qu’êtres humains, on a tous et toutes le droit de vivre sur terre, sans discrimination, et que cela passe par le fait de donner sa chance à l’autre et de croire en lui ou en elle.

Cet accompagnement est fondamental dans le cas des jeunes étranger-es par exemple, j’ai connu ça : on débarque, on ne connait personne, c’est très dur. Ça prend du temps de comprendre les démarches, les procédures, et de s’intégrer. Alors dans mes spectacles je travaille sur des histoires de vie liées à la thématique de l’exil, pour ouvrir la discussion avec les publics.

Zaïna, service civique à la Ville de Strasbourg, au sein de l’Espace égalité 

Lorsque je suis arrivée en France, j’ai expérimenté une certaine forme de racisme, des inconnu-es se permettant de toucher mes cheveux par exemple. Et puis mon cousin s’est retrouvé face à un enfant qui a fait le singe devant lui. Alors je me suis dit "pour que des enfants agissent de la sorte, c’est qu’ils ou elles ne comprennent pas ce geste, il faut absolument agir pour les aider à prendre conscience de la gravité de leurs actes".

Tout passe par l’éducation. Parce que ces préjugés proviennent d’une méconnaissance, et parce que l’on a peur de ce que l’on ne comprend pas, l’enjeu est d’éduquer les enfants et les adultes, de les accompagner dans leur réflexion. Cette lutte est toujours d’actualité et concerne tout le monde.

Héloïse, Nine et Maïa, du centre socioculturel Fossé des 13

Héloïse, Nine et Maïa ont toutes les trois participé au projet porté par le centre socioculturel de développer un "serious game" sur l’antisémitisme et le dialogue interreligieux. 
Héloïse : On a participé à créer le jeu vidéo "Discriminator", ça raconte l’histoire d’un dragon qui se faisait discriminer, et qui se venge en discriminant les autres. Mais il n’y a pas besoin de se venger, il vaut mieux jouer avec d’autres enfants.
Nine : Le jeu peut servir à montrer à une personne qui fait de la discrimination qu’elle peut devenir gentille, et que ça ne se fait pas de faire ça. Ce n’est pas comme ça qu’elle va se faire des ami-es.
Maïa : Les gens qui jouent peuvent aussi prendre confiance en eux s’ils subissent une discrimination, ils peuvent comprendre que c’est mal ce qui leur arrive. 

Alina, service civique à la Ligue internationale contre le Racisme et l’Antisémitisme (LICRA)

Si je me suis engagée dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, c’est que moi-même j’ai été confrontée à des discriminations dans ma vie, surtout à mon arrivée en France. Aujourd’hui je fais des études de droit, et j’aimerais me spécialiser dans les droits de l’Homme. Ainsi, mon engagement est directement lié à ma vision du monde et à mes projets.

La Licra mène de nombreuses actions, allant de l’accueil et du conseil aux personnes victimes de discriminations aux interventions en milieu scolaire, en passant par l’organisation d’évènements culturels ou de tables rondes. La France est un pays très diversifié, mais il faut continuer la lutte pour le traitement égalitaire de tous et toutes, et pour l’accès au droit. C’est en renforçant notre regard sur ces enjeux, en prenant conscience de ce qui se joue, que l’on pourra combattre le racisme, l’antisémitisme et toutes les formes de discriminations.

Ossama, membre du conseil d’administration de l’Association actions citoyennes interculturelles (ASTU)

Lutter contre les injustices fait partie de mes principes. Très tôt j’ai pu constater les différences de traitement entre les personnes, et les privilèges de certain-es. J’étais un enfant boursier dans une école privée, et les professeur-es me faisaient bien comprendre que je ne réussirai pas. Je croyais cette situation normale, et c’est en grandissant que je me suis rendu compte que je vivais des discriminations. 

C’est la raison pour laquelle je suis devenu professeur et me suis engagé dans diverses associations. Je voulais inculquer l’idée qu’on est tous et toutes pareil, transmettre ces valeurs, montrer aux enfants qu’il est possible d’être différent-e et de réussir. C’est devenu un moteur pour moi. L’enjeu c’est de ne surtout pas baisser les bras, se taire ou banaliser les situations mais de continuer à agir pour que l’histoire ne se répète pas.